Rappelons d’abord qu’en France 78 % des actifs à considèrent qu’il est important de se former tout au long de la vie. Pour faire face à un besoin toujours plus important et évoluant à une vitesse exponentielle, le métier de formateur a beaucoup changé, passant d’une version andragogique du « prof » à celui très actuel du facilitateur-accompagnateur. Doit-on proposer des formations descendantes au risque de faire baisser l’attention d’une partie du groupe ou des actions plus participatives et ludiques avec l’écueil évident de perdre de vue l’objectif initial de la formation ?  La vérité est que la bonne posture à adopter pour un formateur dépend de plusieurs variables comme la bonne compréhension des demandes du donneur d’ordre (et la capacité à faire exprimer ses besoins cachés !), le contexte de l’entreprise, la composition du groupe qu’il accompagne ou encore le processus global de formation mis en place autour de la session en présentiel.

Bref pas facile de s’y retrouver ou de se positionner pour devenir formateur. S’il n’existe pas de mode d’emploi en tant que tel pour le métier de formateur, je vais vous éclairer sur les logiques à suivre pour trouver le bon équilibre et performer dans ce métier.

Les trois logiques à suivre pour devenir formateur

1. Se décentrer

En tant que comédien formateur j’ai été exposé très vite à cette difficulté. Dans un cas je suis dans une logique de performance presque exclusivement centrée sur moi, les ressentis de mon personnage et mes émotions. Dans l’autre cas, en tant que formateur, je dois apprendre à être concentré sur mon groupe et les individualités qui la composent. Que ressentent-elles ? Comment favoriser l’intégration de telle ou telle information ou induire tel questionnement en fonction des paramètres définis avec mon donneur d’ordre ? Pour cela, j’ai dû apprendre à me décentrer et c’est le premier conseil que je donnerais pour devenir formateur. Faire ce travail d’équilibriste entre les objectifs de la formation et les retours des apprenants. En d’autres termes passer sans arrêt de la bulle à la méta-position pour reprendre les éléments apportés par le psychothérapeute Carl Rogers*. Ce dernier définit en effet 4 positions en communication :

  • La bulle

Dans cette position je suis conscient de mes objectifs et de mes besoins dans la communication avec autrui mais je peux perdre de vue les besoins de l’interlocuteur et son point de vue.

  • L’identification

Dans cette position j’intègre totalement les repères et les besoins de mon interlocuteur mais le risque est de perdre de vue mes propres besoins et mes objectifs.

  • La projection 

Dans cette position je projette mon cadre de référence, mes objectifs et mes besoins dans la bulle de mon interlocuteur pour l’inciter à me comprendre. Mais la principale limite de cette position est l’aspect invasif et manipulatoire que cela induit potentiellement.

  • La méta position

Ici je me positionne au-dessus du débat j’observe de manière neutre les arguments et les éléments composants les cadres de référence des interlocuteurs sans juger. Cette position peut ainsi limiter la prise de décision et figer le débat dans un statut quo qui ne permet pas d’avancer ni pour l’un ni pour l’autre.

2. Raisonner en objectifs pédagogiques

Grâce à un questionnement efficace, les besoins de votre client ont été cernés avec acuité. À partir de ces besoins, vous avez déterminé des objectifs de formation (dans l’idéale en vous référant à la prodigieuse taxonomie de Bloom**) et subséquemment, vous avez décliné ces objectifs en une succession de séquences de formation qui se retrouvent dans votre déroulé pédagogique. Or c’est souvent ici que le bas blesse. Ne perdez jamais de vue la différence entre moyens et objectifs pédagogiques ! Un objectif pédagogique se définit par un verbe d’action centré sur l’apprenant, il complète la phrase type « à l’issue de cette séquence les apprenants seront capables de… ». Les moyens pédagogiques doivent permettre d’atteindre cet objectif. En tant que formateur, j’ai déjà fait l’erreur de confondre objectifs et moyens et pu observer cette erreur dans certains ateliers. Il en résulte une perte de repère pour le formateur et l’apprenant. Les raisons de cet égarement sont multiples ; la volonté de proposer des méthodes pédagogiques innovantes ou « tendances », la zone de confort du formateur ou encore l’attrait de plus en plus marqué par les clients pour les formations distancielles ou en blended learning. Là encore la seule préoccupation qui doit vous animer est l’apprenant. 

3. Écouter les apprenants

Je terminerai cet article par ce qui peut apparaître comme une lapalissade pour devenir formateur en communication : mettre en place une écoute active du client et de vos apprenants vous garantira une meilleure efficacité dans vos formations. Il peut y avoir un monde entre les demandes exprimées par votre donneur d’ordre et les besoins que vous ressentirez au sein de votre groupe d’apprenants. Je conseille de maximiser le temps d’introduction et de conclusion dans votre déroulé pédagogique. Pensez régulièrement à faire des points intermédiaires tout au long de votre session afin d’optimiser les expressions des sentiments et de valider la compréhension des concepts par vos apprenants. Évitez les questions fermées pour ce faire et surtout reformulez et creusez ! Prenez ce temps au lieu de dérouler aveuglément les séquences avec les modalités qui ont été convenues. J’ai déjà été amené à modifier totalement une session de formation présentielle, passant par exemple d’une formation aux basiques de la communication à un atelier de co-développement car le terme « communication » n’avait pas été bien définie par mon client au préalable. La qualité principale du formateur est son agilité dans un cadre stricte. L’inconnu est notre quotidien, chérissons-le !

Julien Ritzkowski – Formateur
julienritzkowski.com

*Carl Rogers, A way of Being, Mariner Books, 1980

** Robert J. Marzano, Designing a new taxonomy of educational objectives, Corwin Press, 2001

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